Sortie Lavatubes en Canyoning
Les "Lavatubes", mais c'est quoi donc ??
Les Lavatubes sont des tunnels de lave qui se forment lors d’une éruption de volcan de type Hawaiien. La coulée de lave se refroidie par l’extérieur en coulant vers la mer. Pendant ce temps la rivière de magma en fusion coule en dessous comme dans un tunnel. Ce magma en se refroidissant devient très poreux et dans le temps, les infiltrations d’eau dissolvent petit à petit le basalte. Il en résulte au fil des millénaires des tunnels de la taille du métro, dans lesquels s’engouffrent des torrents impétueux. D’où leurs noms de « Lavatubes » que l’on ne peut parcourir qu’avec des professionnels tant c’est dangereux et isolés dans cette nature luxuriante.
Cette sortie diffère un peu du Canyoning classique de par la progression souterraine dans le noir complet. C’est de la spéléo associée aux techniques de canyoning et de la progression en rivière.
Après notre montée en 4x4 au cœur de la forêt tropicale et nos 30 minutes de marche, nous arrivons à pied-d’œuvre. Nous nous mettons à l’eau et marchons dans la rivière pour découvrir notre première arche qui résulte d’un éboulement d’un morceau de tube dont la voute était fragilisée. Passé de l’autre côté après une petite marche dans l’eau, nous nous retrouvons au pied d’une cascade gigantesque. Nous comprenons par la suite que la hauteur de la cascade correspond à notre descente dans les entrailles des Lavatubes.

Notre guide nous fait distinguer sur la gauche de la chute un minuscule trou noir dans lequel nous allons rentrer. Après la douche de rigueur nous nous retrouvons dans le noir complet. Premier réflexe, on se demande ce que l’on fait là. On allume notre lampe sur le casque qui est un peu asthmatique et surtout éclaire plus en l’air que vers le bas. Nous nous tordons copieusement les chevilles en attendant que nos yeux tentent de s’habituer à l’obscurité.
Enfin un rai de lumière nous rappelle que Râ brille toujours pour les humains et nos chevilles applaudissent. A la sortie du tunnel, on tourne à droite dans les fougères et nous progressons presque à la verticale dans la végétation pleine de mousse tant l’humidité ambiante est impressionnante. Après ce parcours du combattant nous arrivons sur une petite plateforme taillée à la machette où trône des pieux d’ancrage, des chaines et des cordes. En regardant par le seul passage qui donnait une visibilité, nous comprîmes très vite qu’il ne fallait pas faire le mariole. Notre guide déjà nous enchaine tous sur une longe pour "éviter d’en perdre" comme il dit. Ensuite je lui passe le sac de cordes , il sort la moitié de la corde, fait les nœuds adéquats et jette la corde dans le vide. Brief de la technique de rappel et le deuxième guide part le premier, cela parait simple. Ensuite j’envoie Cyril avec le prétexte fallacieux que c’est lui qui a l’appareil photo, puis je lui emboite le pas avant que la trouille m’envahisse.
Les 5 premiers mètres sont chauds car c’est une verticale de boue trempée qui glisse affreusement. Alors immédiatement je réentends les gendarmes de Villefort me dire « garde les pieds à la hauteur de la tête » et je donne du mou sur le frein pour descendre en dessous de mes pieds et là l’accroche est merveilleuse et la confiance revient à 100%. Je continue ma descente calmement et après le surplomb, là c’est géant. On est dans le vide, les pieds ne reposent plus sur la paroi, on vit la vie d’une araignée qui se balade au bout de son fil. La descente s’achève dans le torrent, au pied du tube de lave dans lequel nous allons vivre de grands moments.
Pour le moment, place au spectacle donné par les moins aguerris du rappel. Du haut des 22 mètres de falaise, ceux qui n’ont pas osés descendre la tête avant les pieds, l’ont payé cash. Pendu au bout de leur fil, le nez écrasé dans la boue, ils ont dû attendre que le guide du haut les fasse descendre jusqu’au surplomb rocheux, ils n’en menaient pas large et je les comprends.

Cette séquence émotion était un pâle hors-d’œuvre par rapport à la suite. Le guide nous demande de boire et manger, nous nous exécutons sans bien comprendre. Il avait raison c’est plus plaisant le pique-nique dehors.
On allume nos lampes et l’aventure commence dans « l’underground ». Notre éclairage est toujours aussi performant et nous progressons très concentré sur l’endroit où l’on pose le pied. Nous fonctionnons au ressenti et à chaque arrêt, une dose d’adrénaline s’ajoute à la précédente.
Un arrêt signifie que l’eau se dérobe sous nos pas et que nous allons être obligés de la suivre. Ainsi les rappels s’enchainent le long des cascades souterraines, en alternance avec les sauts dans les vasques les plus profondes. Le saut de vasque apporte un peu de piquant car imaginez que vous avez le sac de cordes dans le dos, on vous demande de monter sur un plongeoir de la largeur de vos chaussures, vous avez le sac qui en frottant sur la paroi vous gêne pour faire face à l’eau et l’on vous dit de plonger dans le rond de lumière créé par la puissante torche que le guide tient à la main, sous peine d’atterrir dans un rocher immergé ou de vous fracasser car vous avez pied.
Je dois dire que lors de mon saut, ils ont retenus leur respiration car ils ont bien cru ne jamais revoir le nain. Imaginez moi lesté de mon sac de corde, je vise le rond lumineux, je me jette, fait un plouf digne de « mobydick » et descend, descend avant une stabilisation et une remontée polynésienne (doucement le matin, pas vite l’après-midi). Ils ont revu le petiot fort tard à leur goût, ensuite je nage comme une pierre avec mon sac sur le dos.
Notre progression toujours aussi confortable continue, maintenant nous avons des chevilles en béton. La cascade gronde au fur et à mesure de notre approche et nous nous arrêtons au bord d’un gouffre d’où l’on aperçoit dans la torche du guide un lac souterrain. Nos guides installent une tyrolienne et j’inaugure le système car je dois descendre la deuxième moitié de corde servant au rappel de freinage. La fin de la tyrolienne se fait au 3/4 du lac et l’on doit finir sur le dos en tirant sur nos bras pour arriver sur le bord.
Puis une varappe nous attend pour grimper dans un boyau au plafond de la voute, boyau allant en se rétrécissant au fur et à mesure de notre avancée. Nous terminons en rampant car nos sacs touchent la voute. Nous arrivons à une autre branche du torrent où une cascade nous permet de redescendre un étage, à mains nues sur des rochers glissants.
D’un coup la lumière du jour ré-illumine les ténèbres nous annonçant la fin de notre aventure.
Après une petite marche réhabituant nos yeux à la lumière, nous arrivons derrière le rideau d’eau de la cascade principale, celle de notre départ. C’est irréel de se retrouver derrière une douche scintillante de mille feux. Dernière précaution en redescendant les rochers glissant de notre entrée dans la chatière et nous voilà à l’air libre. Fin des émotions dommage, nous reprenons notre marche en rivière, jusqu’au sentier qui après 30 minutes de marche nous ramènera au 4x4 où repose nos affaires sèches. Malheureusement nous sommes dans des nuages épais et il pleut, cela ne nous gêne aucunement vu notre état de chien mouillé.
Nous nous sêchons dans le 4x4, nous nous changeons et descendons au soleil dans la vallée pour pique-niquer. Ensuite nous nous dirigeons après 45 minutes vers la civilisation.
Conclusion : Sortie 100% fun pour ceux qui aiment l’eau fraiche, faire l’araignée pendue au bout d’un fil et surtout ne pas avoir d’angoisses nocturnes. Cette nature bruyante et brutale vous rappelle que la condition humaine n’est que tolérée et doit partager avec les éléments et non s’imposer.